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En octobre, le retour du Canada a également été le retour à ma vie de freelance. Un peu mise de côté pour vivre mon expérience canadienne, je me suis aussi rendue compte qu’elle m’avait aussi  énormément manqué. Et c’était alors avec une hâte, une excitation, que je voulais très vite m’y remettre. Tout mettre en oeuvre pour que ça fonctionne. Faire les choses avec le plus grand sérieux. Aller au delà des obstacles. Gravir des montagnes. Aller au plus… Enfin, bref, vous avez compris.

Au lieu de m’éparpiller dans tant de babillages inutiles, quelque chose de primordial m’est venu à l’esprit : vivre en tant que freelance est une chose qui demande un maximum d’organisation (sans blague). Comment répartir ses journées, ses projets, optimiser son temps ? J’avais à ce moment de renouveau le besoin de voir se décrypter tout ça, de tout avoir noir sur blanc. De voir où passait chaque minute de ma journée. C’est ainsi que j’ai adopté un nouveau compagnon de voyage.

Toggl.

Toggl, c’est génial. C’est une application. Vous le mettez en route en commençant une activité (« planter les pommes de terre » par exemple), vous rentrez vos clients, vos projets. Il permet par exemple, de décompter chaque étape d’un projet. En tant que graphiste, il peut par exemple s’agir de l’étape de recherche, mais aussi de la finalisation. En tant que freelance avec un grand F, on peut aussi inclure cette fascinante phase qu’est l’administratif, la paperasse, l’enfer. Une fois cette étape terminée, on arrête le chronomètre (oui, c’est un chronomètre, vous verrez rapidement là où ça peut coincer), avant de le rallumer pour commencer une autre activité. À la fin de la semaine, Toggl vous envoie un joli mail avec le temps total de vos actions, ainsi que le temps travaillé sur chaque projet.

MA-GI-QUE.

Par exemple, si vous rentrez comme action « regarder des vidéos d’Epic Meal Time » sur Youtube, vous pourrez facilement voir à la fin de la semaine que vous y avez passé 3h (au lieu du « juste une pour la pause » qui était prévu).

Cela paraissait parfait. J’avais un compte rendu de mes projets à la fin de la semaine. Excellent. Sauf que cet outil, aussi utile soit-il, devint rapidement une course contre la montre pour moi. L’angoisse du chronomètre, suivie alors d’une remise en question inutile. Au final, le fait d’allumer le chrono en chaque début de projet devenait un réflexe aussi important que celui de boire un verre d’eau, mais aussi une preuve dévalorisante, de baisse d’estime, en cas de semaine un peu creuse (parce que oui, en freelance, il y en a). Et, au contraire, lorsque le chronomètre était explosé, un sentiment de fierté m’envahissait.

Mais en quoi être fière ? Peut-on s’auto-juger par le temps que l’on aurait mis sur un projet ? Car chaque projet étant unique, je me suis rendue compte que la bêtise venait au moment où je finissais par les comparer, non seulement par le résultat (qui est stupide également, puisque deux projets différents n’ont forcément pas le même résultat), mais aussi au chiffre que mon cher Toggl m’indiquait.

C’est ainsi que j’ai décidé de rompre.

Comme un joggeur accro à Runtastic, et qui perd donc le plaisir de courir simplement pour lui-même et non pour des statistiques, j’avais presque perdu ce petit plaisir de me rendre compte, par simple hasard, que je n’avais pas vu le temps passer, que j’avais raté le goûter, qu’il faisait nuit depuis plusieurs heures (en même temps, en hiver, ça n’est pas difficile)… Mais qu’il nous reste tout de même le temps de se dire « j’étais quand même mieux avant, sans Toggl ».

Tout cela pour dire que Toggl, c’est bien (vous ne vous attendiez pas à cette phrase vu les derniers paragraphe, pas vrai ?). C’est parfait si on cherche à s’organiser. C’est une application très utile qui sert aussi bien dans sa vie pro que perso. Personnellement, c’était très bien au début pour vraiment voir à quelle tâche j’octroyais le plus de temps et comment je répartissais celui-ci dans mes journées. En gros, comment gérer mon temps en tant que freelance. Dans mon cas, ça n’a été bien que pour le début. Jusqu’au moment où j’en suis devenue dépendante, un vice numérique de plus à ajouter à ceux bien réels que j’avais déjà. Je pense qu’encore une fois, je resterais fidèle à mon petit planner à la main (mais au moins, j’aurais essayé), ça ne calcule pas à la seconde, mais au moins, je ne perds plus celles que je prenais à appuyer sur « ON ».